Sagesse au-delà de la Manche, obstination déraisonnable en deça

Fin de vie : sagesse au-delà de la Manche, obstination déraisonnable en deça.

Roger Gil. Billet éthique, 3 août 2026, 212.

 

       Le Royaume-Uni n’a pas failli à son histoire, lui qui en 1967, fut, avec le Dr Cicely Saunders le berceau des soins palliatifs au St Christopher’s Hospice à Londres. C’est lors d’une visite dans une maison de retraite du nord de Londres que le premier ministre Andy Burnham[1] a déclaré que « le débat sur l’aide médicale à mourir devait attendre que les soins palliatifs et les services sociaux soient améliorés, et qu’il estimait très difficile de présenter cette législation controversée tant que le système de soins ne serait pas en meilleure situation ». Et il ajouta, que, sans être opposé à un débat sur l’aide médicale à mourir, « il s’agit de régler la question du financement des soins palliatifs et des services sociaux. Je pense qu’il est très difficile d’introduire ce débat plus large dans un contexte où les gens ne reçoivent pas ces soins et n’ont pas la tranquillité d’esprit quant à leur prise en charge. » Il avait déjà déclaré en 2024, qu’il souhaiterait qu’avant toute nouvelle loi, les établissements de soins palliatifs soient « correctement financés et organisés ».

  On aurait aimé qu’une telle sagesse ait animé les 0,4% de députés qui ont permis en France, dans un pays parcouru déjà par tant de fractures, l’adoption d’une loi autorisant le suicide assisté et l’euthanasie sans que parallèlement l’accès aux soins palliatifs soit garanti pour tous. Car comment admettre qu’un texte instituant la mort administrée puisse être voté alors que la loi du 22 mai 2026 « vise à garantir l’égal accès pour tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs » en prévoyant que la mise à niveau des soins palliatifs s’échelonnera sur les années qui viennent avec des crédits prévus jusqu’en 2034 ! Déclarer dans la loi dès son article 1 que « l’accompagnement et les soins palliatifs mettent en œuvre le droit fondamental à la santé » n’est qu’une affirmation de principe qui ne correspond pas à la situation réelle du système de santé en France. Et la législation est à cet égard bégayante puisque la loi du 9 juin 1999 avait déjà édicté que « Toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement ». Il faut avoir la lucidité de constater que plus d’un quart de siècle n’aura pas suffi à assurer un égal accès sur tout le territoire aux soins palliatifs et qu’un nombre indéterminé d’années sera encore nécessaire. Il faut certes être lucide : les soins palliatifs nécessitent des financements et des ressources humaines confrontés à un système de santé en souffrance et il faut accepter que la mise à niveau des soins palliatifs soit progressive. Mais la question lancinante qui reste posée est bien celle de savoir pourquoi une telle loi a été votée avant que tous les citoyens ne puissent avoir un accès égal aux soins palliatifs. Cette loi précipitée sur la fin de vie contrevient à la sagesse. Et en contrevenant à la sagesse, cette obstination déraisonnable contrevient à la justice

[1] The Guardian ; 29 juillet 2026. https://www.theguardian.com/society/2026/jul/29/assisted-dying-debate-end-of-life-care-reform-andy-burnham

 

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