La biodiversité: nécessaire utopie

La biodiversité: nécessaire utopie

Roger Gil. Billet éthique; 30 août 2026, 214

     La biodiversité est l’avenir de la vie qui ne peut s’envisager sans l’interdépendance du bios, du vivant avec ses espèces multiples animales et végétales. Or les activités humaines contribuent à menacer la biodiversité par la destruction d’espèces animales ou végétales considérées comme indésirables, voire nuisibles, par la profusion des voies de communication terrestres qui entravent la circulation de certaines animaux et bouleversent leur mode de vie, par la pollution des mers gorgées de détritus et de plastique, par la chasse effrénée livrée à certaines espèces animales sauvages soit pour des raisons « sportives », soit pour égayer l’alimentation, soit pour tirer profit de certains composants de leurs corps. La vie, certes interdépendante, expose à des compétitions entre les êtres humains et certaines espèces animales. Quelques-unes ont même habité l’imaginaire humain de dangers inouïs comme la bête du Gévaudan. Que sont devenus dans notre pays les loups, les ours ? A tort ou à raison, les animaux carnassiers inquiètent. Pas seulement ceux qui pourraient attaque l’homme mais aussi ceux qui peuvent attaquer ses animaux domestiques, ceux qui lui tiennent compagnie, ceux qui gardent les troupeaux, ceux dont il se nourrit, qu’il s’agisse de moutons, de chiens, de poules. Certains oiseaux sont abusivement chassés, certains poissons sont abusivement pêchés. Et que dire de ceux qui transmettent des maladies et notamment de certains moustiques, ou de ceux qui peuvent faire des piqûres mortelles et que l’on tente de piéger comme en France les frelons asiatiques. L’homme arbitre aussi des compétitions animales : entre le frelon asiatique et l’abeille, il a vite choisi son camp. Certains insectes disputent aux hommes ses productions végétales que leur finalité soit nourricière ou esthétique.

Ces quelques exemples puisés dans une liste inépuisable ne font qu’illustrer la complexité du concept de biodiversité et les ajustements anthropologiques, culturels, sociétaux qu’il faut lui apporter. Le respect et la protection de la biodiversité ne pourront se faire sans la prise de conscience des citoyens comme des grandes entreprises industrielles afin qu’ils mettent en pratique des comportements qui inscrivent la considération à l’égard de toutes les formes de vie sans renoncer à bâtir des routes, des voies ferrées, à cultiver, à pêcher, voire à chasser.  Et toutes les directives gouvernementales ne seront rien si elles ne sont pas appropriées par les citoyens.  Et c’est sans doute à un regard décentré de soi qu’il faut les amener. En analysant par exemple la biodiversité des vertébrés concernant plus de 21000 espèces de mammifères, d’amphibiens et d’oiseaux, il apparaît que l’Amazone au sud-est du Brésil et certaines parties de l’Afrique centrale viennent en tête des territoires les plus riches pour les vertébrés : avec 7,2% des terres, ils abritent quelque 50% de toutes les variétés de vertébrés[1]. Or cette biodiversité est menacée au Brésil par la déforestation. Les efforts demandés à ces territoires économiquement plus pauvres que les pays occidentaux ne seront crédibles que si les pays les plus industrialisés, ceux qui ont abattu leurs forêts depuis des siècles, participent à l’effort commun. Si la forêt amazonienne est indispensable à la respiration du monde, il faut aussi que cette fonction soit reconnue aux peuples qui l’habitent. Et que dire aussi de l’Afrique dont les organismes vivants représentent près d’un quart de la biodiversité mondiale et qui abrite les plus grands assemblages intacts de grands mammifères présents sur terre[2]. Ces territoires doivent concilier les progrès de leurs peuples en termes d’urbanisation et d’agriculture avec la conservation de la biodiversité. La préservation de la biodiversité appelle à la prise de conscience de la communauté de destin des êtres humains et elle ne réussira qu’en tendant parallèlement à accroître le bien être de l’humanité qui devrait être considérée comme un bien commun dans une un monde plus juste et plus fraternel.

[1] Clinton N. Jenkins, Stuart L. Pimm, et Lucas N. Joppa, « Global patterns of terrestrial vertebrate diversity and conservation », Proceedings of the National Academy of Sciences 110, no 28 (2013): E2602, https://doi.org/10.1073/pnas.1302251110.

[2] Convention of biological diversity. UNEP-WCMC (2016) L’État de la Biodiversité en Afrique :

Examen à mi-parcours des progrès réalisés vers l’atteinte des objectifs d’Aichi. UNEP-WCMC, Cambridge, UK, https://www.cbd.int/gbo/gbo4/outlook-africa-fr.pdf.

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