Loi sur l’aide à mourir : un pas vers une éthique de la déconstruction
Roger Gil. Billet éthique, 20 février 2026, 197
La loi dite sur l’aide à mourir prescrivant l’euthanasie et l’assistance au suicide qu’elle s’obstine à ne pas nommer témoigne de l’habillage compassionnel d’une éthique de la déconstruction.
- Cette loi déconstruit la raison d’être du soin qui est d’aider à vivre jusqu’au bout de la vie, ce qui veut dire aider aussi à vivre sa mort et non pas à administrer la mort.
- Cette loi déconstruit l’autonomie qui devient un acharnement autonomique dès lors qu’une personne malade, au plus creux de sa vulnérabilité, doit décider seule de demander à mourir et d’y consentir en feignant de croire qu’il s’agit d’un acte de discernement rationnel qui peut négliger la détresse qui conduit à cette demande comme l’appel à l’aide qu’elle manifeste.
- Cette loi déconstruit la relation soignants-malade-proches qui est le cœur battant de toute relation de soins en feignant d’ignorer que toute personne humaine est au cœur d’un réseau de reliance : le texte gomme tout recueil de l’avis des proches, au risque de confirmer un isolement social dont on sait qu’il peut être source de souffrances insupportables.
- Cette loi déconstruit la relation d’aide en admettant une procédure expéditive comme si deux jours suffisaient pour discerner les besoins, les désirs, les attentes que peuvent cacher une demande de mort.
5 Cette loi déconstruit la collégialité dès lors que le second médecin pourrait ne pas rencontrer la personne malade, qu’un seul autre professionnel de santé est requis et que cette réunion collégiale pourrait même avoir lieu en visio-conférence ou en « télécommunication » : il ne s’agit là que d’un succédané rudimentaire de collégialité.
- Cette loi déconstruit la clause de conscience, limitée au médecin, en faisant des autres professionnels de santé de simples exécutants contraints de participer à la dispensiation d’une substance mortelle.
- Cette loi déconstruit la fraternité en habillant un geste de mort d’un sceau compassionnel dont on sait, par l’exemple des quelques pays qui ont légalisé l’euthanasie qu’elle s’étendra à un nombre sans cesse croissant de personnes vulnérables.
- Cette loi déconstruit l’égalité puisqu’elle serait promulguée avant même que ne soit garanti un accès égal pour chacune et chacun aux soins palliatifs dont la mise à niveau, dans un climat financier tendu, est renvoyée à une échéance décennale. Le recours à l’euthanasie ou au suicide assisté sera alors la solution de recours à l’impossibilité d’accès à des soins palliatifs.
- Cette loi déconstruit et de bien des manières la confiance nécessaire à la cohésion sociétale.
Ainsi elle encourage la délation en inventant un délit d’entrave qui permettrait à des associations de dénoncer tout ce qui pourrait retarder l’acte de mort et de s’immiscer ainsi, par idéologie, dans l’intimité de la relation entre la personne soignée et la personne soignante.
Cette loi méconnait parallèlement tout délit d’incitation à faire mourir qui menace pourtant une société de plus en plus consumériste qui ainsi préfère garantir le droit à mourir que le droit à vivre, le droit d’aider à mourir que le droit d’aider à vivre.
Cette loi méconnait aussi le droit pour les structures de soins et d’accompagnement de respecter les chartes éthiques qui ne concernent pas les murs mais les personnes qui, chacune, ont engagé leur conscience dans les valeurs qui fondent leur conception du soin.
Enfin cette loi, telle qu’elle est écrite, voudrait faire de la mort un acte de soins contre l’avis de la majorité des soignants.
Si elle était votée à une courte majorité parlementaire (moins de trente voix en première lecture : 300 députés sur 577), si elle était votée sans majorité au sénat, elle serait, contrairement aux deux lois de 2005[1] et 2016[2] sur la fin de vie qui furent quasiment consensuelles, une loi de fracture et de division. Est-ce à cette image de la France qu’une société qui aujourd’hui cumule tant de crises, doit se résigner ?
[1]LOI n° 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie dite Loi Léonetti : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000446240/
[2] LOI n° 2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie dite Loi Leonetti-Claeys : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000031970253
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