L’euthanasie « à la belge » : miroir de la France de demain ?
A propos du rapport de la Commission fédérale belge de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie publié le 20 mars 2026
Roger Gil. Billet éthique, 28 mars 2026, 200
La lecture du rapport de la Commission fédérale belge de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie publié ce 20 mars 2026 permet de lire comme dans un miroir ce que sera l’évolution de la pratique française si la loi sur le suicide assisté et l’euthanasie, finissait par être votée et ce d’autant que les autorités politiques françaises ont choisi le modèle belge pour élaborer ce que pourrait être la loi française.
Une loi sur l’euthanasie entraîne une augmentation constante du nombre d’euthanasies : ainsi en 2025, 4486 documents d’enregistrement d’euthanasie ont été reçus et examinés par la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie, marquant une augmentation de 12,4 % par rapport à 2024. L’euthanasie représente ainsi 4 % des décès enregistrés en Belgique en 2025, contre 3,6 % en 2024 alors qu’en 2003, seulement 236 cas avaient été enregistrés[1]. Deux raisons ont été avancées : la première est que la loi est de mieux en mieux connue, ce qui veut dire en fait qu’elle entre dans les mœurs, le légal et le moral se confondant progressivement. Cette loi installe donc bien un tournant anthropologique. La seconde raison invoquée est le vieillissement de la population.
L’euthanasie concerne une majorité des personnes âgées de plus de 70 ans (73,7 %), dont 45 % de plus de 80 ans. Cette stigmatisation générationnelle suggère l’isolement et la culpabilité à « vivre encore » qui peut conduire des personnes âgées à demander à mourir. En effet, si la pathologie associée à l’euthanasie reste dans près de la moitié des cas des cancers, ils sont en diminution (- 4,2 % par rapport à 2024) alors que la fréquence des polypathologies augmente : 29,6 % (soit 2,7 % par rapport à 2024) et au cours de ces dernières, plus d’une fois sur deux, le décès n’est pas attendu à brève échéance. Cette concentration des euthanasies chez les personnes âgées n’est-elle pas la manifestation d’un âgisme qui devient du deg-agisme ?
Les troubles cognitifs, donc la maladie d’Alzheimer et les maladies dites apparentées constituent encore une cause rare d’euthanasie : 77 personnes en 2025. Le plus angoissant est que ces euthanasies ne sont accessibles qu’aux personnes dont le discernement est préservé et certaines auraient préféré retarder leur mort « si la loi le leur avait permis »[2]. Cela ne pourrait passer comme c’est déjà le cas pour les comas que par des directives anticipées adaptées. Et déjà le professeur Wim Distelmans, coprésident de la Commission fédérale de l’euthanasie demande un élargissement des conditions d’accès à l’euthanasie et ajoute : « L’accord de coalition du gouvernement fédéral stipule qu’il souhaite y travailler, mais je me demande quand ils vont commencer à en discuter au Parlement »[3]. On voit cette impatience fébrile vers une extension incessante des conditions d’éligibilité depuis le vote de cette loi belge le 28 mai 2002.
Les souffrances uniquement psychiques et, parmi elles, les affections psychiatriques ont représenté 74 cas d’indications à l’euthanasie en dépit des scandales provoqués par des euthanasies de sujets jeunes atteints d’affections ayant fait l’objet d’erreurs de diagnostic ou de prise en charge non adaptées[4].
Cependant les souffrances uniquement psychiques peuvent aussi être causées par une maladie somatique. Ainsi, en cas de cancer, la douleur peut être contrôlée par les traitements alors que la souffrance psychique imputée « à la perte d’autonomie ou de dignité peut persister »[5]. Le projet de loi français ouvrira lui aussi, de fait, cette possibilité dès lors que le malade refuserait tous les traitements de ses douleurs physiques.
Ainsi quoi que l’on fasse, la législation sur l’euthanasie et le suicide assisté qui seraient déjà largement accessibles dans la version actuelle du projet de loi français dans une dynamique de la banalisation de la mort provoquée déchirera encore davantage le tissu sociétal français et anesthésiera le désir de vivre des plus vulnérables. L’évolution de la loi belge montre la route à suivre : est-elle celle que souhaite la France ? Est-elle celle d’une société fraternelle ?
[1] https://actus.ulb.be/fr/actus/recherche/augmentation-du-nombre-deuthanasies-en-belgique-que-revele-cette-statistique#:~:text=En%20Belgique%2C%20au%20cours%20des,tous%20les%20d%C3%A9c%C3%A8s%20en%20Belgique.
[2] https://www.vrt.be/vrtnws/fr/2026/03/20/le-nombre-d-euthanasies-continue-daugmenter-pres-de-4-500-pers/
[3] Ibidem
[4] Roger Gil : Psychiatrie et aide active à mourir : de l’acharnement autonomique au délitement de la solidarité, février 2023, Billet éthique N°106. https://poitiers.espace-ethique-na.fr/actualites_931/aide-a-mourir_3548.html
[5] https://organesdeconcertation.sante.belgique.be/fr/documents/chiffres-de-leuthanasie-en-belgique-en-2025
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