Début d’été: la dysphorie mortifère d’une France légiférant sur la mort

Début d’été : la dysphorie mortifère d’une France légiférant sur la mort

Roger Gil. Billet éthique, 30 juin 2026, 209

    Où puiser en ce début d’été quelques lueurs d’espérance dans une France dysphorique envahie par le doute, l’amertume, l’insatisfaction, la tristesse et la peur de l’avenir. Les forces, les pulsions de vie s’effacent sous le poids des pulsions de mort qui peuvent affaisser le désir de vivre, mais qui peuvent aussi pousser à agresser autrui.

Que les décès excèdent le nombre des naissances[1] est déjà volens nolens, le signe qu’un pays doute de son avenir et doute de lui-même.

Alors que l’Assemblée nationale s’est accommodée du report incessant depuis 2021 d’une loi sur le grand âge et l’autonomie[2], en somme d’une loi de vie, cette même assemblée s’est jetée de manière résolue sur la loi relative à l’euthanasie et au suicide assisté en dépit du vote défavorable du Sénat. Des débats mornes se sont étalés dans un hémicycle surchauffé par la canicule et déserté où l’on entendit des paroles mémorables comme celle de ce député qui déclara que des personnes âgées attendaient de mourir en raison de la canicule et qu’il fallait « avancer » sur ce texte pour que cette loi puisse avancer leur mort[3]. Comment peut-on oser dans une république humaniste entendre de tels propos dans l’enceinte des représentants du peuple sans qu’il n’ait suscité aucune réaction des plus hautes autorités de l’État, qui se doit d’être protecteur, et protecteur des plus vulnérables. La mort aurait-elle dorénavant tous les droits ? Et, n’a-t-on pas entendu, en écho, une ministre affirmer de manière péremptoire qu’administrer une potion létale n’était pas tuer comme si le déni sémantique abolissait la vérité simple : administrer une substance létale veut dire sous toutes les latitudes et en tout temps administrer une potion mortelle.

 Et c’est ainsi que les personnes les plus vulnérables s’offriront à la mort parce que la République les aura déclarés éligibles et donc comme l’écrivait Bruno Bettelheim, parce qu’ils seront « persuadés que personne ne s’intéresse au fait qu’ils soient vivants ou morts »[4]. Triste débat empoisonnant une société divisée et qui veut faire passer en force une loi mortifère.  Certains crieront à la victoire, qui sera la victoire de la mort sur la vie.

Ce triste été restera aussi marqué par la canicule dans une France qui depuis des années procrastine pour adapter enfin le pays à la chaleur, dans une France engluée dans des idéologies qui se présentent comme des parangons de vertus nimbées d’arguments venus d’une autre ministre proclamant qu’elle était « horrifée » car la climatisation ne résoudra pas les feux de forêt[5] ! Comment des propos pareils peuvent-ils rassurer les citoyens ?

Et reste la violence de ces jeunes que la République a laissés aller à la dérive, dont l’empathie a été minéralisée par la violence qui envahit internet et les réseaux sociaux dans un pays qui a oublié que l’autorité est la clé du développement moral de l’enfant. C’est cette même minéralisation de l’empathie, cette indifférence à la souffrance de l’Autre qui rend compte de ces agressions que des adultes font subir jusqu’à la mort à de petites filles dont la vie est bouleversée ou sacrifiée.

Les citoyens français ne peuvent même plus faire la fête (de la musique, du football) et doivent de terrer chez eux pendant que des hordes à peine pubères envahissent le centre des villes, y semant le désordre, la destruction el la peur.

La France est dysphorique. Parce que les pulsions de mort prennent le pas sur les forces de vie. Parce que le droit à la mort veut dominer le droit à la vie. Et c’est ainsi que pourrait s’éteindre le désir d’un pays de « persévérer dans son être »[6], faute de pouvoir espérer un monde meilleur, attentif aux pulsions de vie, celles qui préfèrent la tendresse à la mort.

[1] Pour la première fois en 2025 depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8719824#

[2] https://www.banquedesterritoires.fr/apres-le-report-du-plan-grand-age-des-federations-alertent-quand-des-centaines-de-milliers-de

[3] https://www.linkedin.com/posts/marounbadr84_%F0%9D%90%82%F0%9D%90%80%F0%9D%90%8D%F0%9D%90%88%F0%9D%90%82%F0%9D%90%94%F0%9D%90%8B%F0%9D%90%84-%F0%9D%90%80%F0%9D%90%88%F0%9D%90%83%F0%9D%90%8E%F0%9D%90%8D%F0%9D%90%92-%F0%9D%90%8B%F0%9D%90%84%F0%9D%90%92-%C3%A0-activity-7477361294233288704-dGja/?utm_medium=ios_app&rcm=ACoAAA90xxoBomVnyXgNUnuQcySkYfdpLSc82nU&utm_source=social_share_send&utm_campaign=mail

[4] Bruno Bettelheim, Survivre, trad. par Théo Carlier (Robert Laffont, 1979).

[5] https://www.bfmtv.com/politique/video-je-suis-horrifiee-par-les-gens-qui-me-disent-qu-il-n-y-a-qu-a-mettre-la-clim-partout-vous-croyez-que-ca-va-eviter-un-feu-de-foret-la-mort-des-animaux-lance-la-ministre-monique-barbut_VN-202606260322.html

[6] B. Spinoza, Œuvres III Éthique, trad. par C. Appuhn, G.F. 57 (Garnier-Flammarion, 1965).

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